En 2008 l'invité d'honneur est Jacques Bonnaffé
Samedi 26 juillet 2008 au Théâtre d'Yssingeaux (43200) à 21 heures :Venez découvrir cette "allocution poétique" drôle, légère en vous laissant porter par la voix de Jacques Bonnaffé, "l’une des meilleures voix du théâtre français." |
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"[...] Et le poète a trouvé en Jacques Bonnaffé un boxeur fougueux : impulsif, plein de punch, en alerte. Il se faufile, saute d’un point à l’autre de l’espace, court, se pose, s’asseoit mais ne s’arrête jamais, intarissable, inépuisable, imbattable… Caméléon du jeu, il crée constamment la surprise et surgit là où on ne l’attend pas.
Quelques accessoires et on se croirait en pleine rue, du côté des laissés pour compte. Bonnaffé incorpore la langue de ceux à qui on ne laisse pas la possibilité de s’exprimer. Ces mots résonnent alors avec une grande justesse. Dans un espace vide, les mots se débattent et résistent contre la rigidité d’un discours qui nous enferme dans une boite et nous empêche d’en sortir. On rit et on se libère dans cette rencontre verbale iconoclaste, non enclavée où la langue échappe, insaisissable et indomptable. Cette allocution poétique résonne comme un acte de résistance, increvable parce que certaine de sa réalité et de sa vérité. Lorsque la langue se transforme en uppercut, ça fait très mal." Carole Alter |
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La bonne fée de Jacques
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Quelques propos glanés dans la presse qui ne laissent pas insensible |
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- "Le "Discours de la Méthode" de Descartes en CD... par Charlie Hebdo
"Pour danser, c’est moyen…A priori, le projet est austère. Mais, dès les premiers mots, c’est magique. Une pensée virtuose s’immisce dans vos oreilles pour venir vous chatouiller les neurones. J’imagine que, lu par un présentateur de la météo, ce serait totalement incompréhensible… Mais la voix de Bonnaffé transmet avec une virtuosité de concertiste toutes les nuances et toutes les subtilités de ce texte où chaque mot vous embarque vers un peu moins de bêtise.Ce que Descartes veut dire sent le fagot. Tout en se préservant du côté du roi et de l’Eglise, il donne à son lecteur, avec une prudence extrême, une bombe : l’outil pour décortiquer les croyances, les erreurs, les habitudes aliénantes et les préjugés. Il prend bien soin, pour ne pas être pris pour un gourou, de préciser que c’est sa méthode à lui, qu’elle ne vaut que pour lui, et que son expérience est personnelle. Il ne veut pas d’ennuis – il en aura quand même. Alors il dissimule la conscience qu’il a de son génie en se moquant toujours un peu de lui-même, laissant au lecteur le soin d’apprécier l’importance et la pertinence de ses principes. Après le Discours de la méthode, l’humanité se séparera en deux : ceux qui sont cartésiens et ceux qui ne le sont pas. Mais le ton de ce texte fondamental est surprenant. Ni autoritaire, ni pontifiant, il est amical. Et c’est tout le génie de Bonnafé de transmettre aussi cette dimension qui éclaire toute sa lecture.” Philippe VAL, CHARLIE HEBDO |
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L'entendre en direct serait mieux encore : Jacques Bonnaffé est un bateleur patenté, il pourrait vendre n'importe quoi, ce sera toujours de l'or en mots. Comédien, récitant, poète, oui, Bonnaffé est tout cela.
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Son visage est familier, son nom peut-être moins. Voilà pourtant quelqu'un dont l'itinéraire force le respect. Un gars bien, quoi.
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Bonnaffé est un zouave accessible qui se déplace à vélo et qu'on peut voir à Bretonneau comme à Chaillot, dans une salle des fêtes de Sedan ou sur les écrans de cinéma - il est épatant en inadapté social assumé dans La Fabrique des sentiments, actuellement à l'affiche. Qu'importe la forme, pourvu qu'il puisse alterner travail d'équipe et ce qu'il appelle sa « boutique », sa poésie en action. Buissonnier dans l'âme, il conjure le confort. « Quand Paris-Nord, que j'ai monté en 1988 avec Catherine Jacob, a commencé à avoir vraiment du succès, j'ai préféré arrêter. »
C'était quelque chose, Paris-Nord : la naissance de Cafougnette, sorte de Marius ch'ti imaginé par Jules Mousseron, poète mineur du début XXe. « Faire ce spectacle était une bravade : à l'époque, le ch'timi n'était pas du tout tendance. Ce qui nous intéressait, c'était la théâtralité naturelle de cette langue expressive, carnavalesque. ch'est une langue où on prend pô de gants, pô de pincettes. On le trouve dans le Nord, mais pas partout. Le ch'ti atteste un manque de mots, une difficulté à parler à voix haute, il proteste aussi contre la fermeture de bouche, les principes d'hygiène. Ça parle d'inhibition et de désinhibition. D'une inhibition qui a fermenté, qui s'est enrichie et qui est mise au jour. » A Paris, il habite le quartier gare du Nord. « De chez moi, je mets quatre minutes jusqu'au quai 12, d'où part le TGV pour Lille. » L'enfant de Douai devenu comédien « pour [se] faire voir » n'a jamais perdu le Nord, même s'il l'a quitté. « Je n'oublie pas que j'ai voulu le fuir. Mais, dans ma structure intérieure, je sais que j'ai une grosse attache avec ce pays. J'y retourne souvent. A la fin du mois, je me réserve jalousement une soirée dans un club cycliste à Denain. Je suis sûr de retrouver là-bas des gens dans leur jus, qui ne m'épargnent pas d'ailleurs. » Ce fin caractère avec un arrière-fond populaire, c'est ce qui a sans doute plu à Jean-Luc Godard en 1983 lorsqu'il l'a choisi pour Prénom Carmen, film de l'énergie retrouvée. A l'époque, Bonnaffé a une silhouette de jeune premier romantique. On le voit tout feu tout flamme, amoureux qui mitraille à tout va et se masturbe sous la douche juste à côté de sa bien-aimée, Maruschka Detmers. Le rôle est une date dans sa carrière. « Une fois le tournage fini, Godard m'a dit : "Maintenant, vous me devez 10 % de vos prochains castings..." » rapporte l'acteur en riant. Bonnaffé devient la coqueluche du cinéma d'auteur des années 80. Il est chez Garrel, Doillon, Davila. Il aurait pu se lover dans cette niche. Il prend la poudre d'escampette avec Cafougnette. Libre comme l'air mais toujours attaché à la mission du théâtre public. Jacques Bonnaffé déteste qu'on parle de « théâtre subventionné » et évoque avec émotion les premiers moments de la décentralisation, lorsque les spectacles de Peter Brook ou d'Ariane Mnouchkine débarquaient à Douai. De fait, il est l'un de ceux en France qui appliquent le mieux le fameux manifeste de Jean Vilar - « Du théâtre élitaire pour tous ! » Bonnaffé ne se contente pas de passer de la culture populaire à l'avant-garde, il donne souvent l'impression de les brasser ensemble. Lorsqu'il joue Shakespeare ou Ibsen sur scène, il n'y a jamais chez lui d'outrecuidance. Au cinéma, il met souvent une pointe de légèreté cocasse - qu'on se souvienne de lui en amant burlesque dans Crustacés et coquillages, de Ducastel et Martineau, ou en obsessionnel érudit dans Va savoir, de Rivette. Comme si le corps, le rythme, la mélopée ou la scansion devançaient le sens. Ce qu'il accomplit de phénoménal dans L'Oral et Hardi tient dans cette poésie organique. « Aller contre le bel esprit, retrouver un côté humain, montrer la tension qu'il y a dans la poésie, oui, c'est un peu mon cheval de bataille. J'écris avec mon corps. Pas pour faire entendre mon blabla à moi, mais pour dire des poètes qui avaient besoin d'être dits, Jean-Pierre Verheggen, Jules Mousseron ou Jacques Darras. Mais attention : je ne suis pas un passeur ni un lecteur. Je n'aime pas cette humilité convenue de ceux qui se disent comme tels. Je suis plutôt un impasseur [sic], un imposteur, un agité. » Un moment, on s'est risqué à faire un parallèle avec Fernand Reynaud. « J'appartiens à une génération qui en a soupé de ses 33-tours, des "C'est le plombier !" à répétition. Comme Bourvil, il est plus intéressant dans ses manques, dans ce qu'il ne dit pas. » On l'a du coup interrogé sur ses modèles et, soudain, tout s'est éclairé : « James Stewart, pour son sourire, sa physionomie particulière dont il avait fait une arme ; Bruce Lee, pour sa folie, et parce que c'était un mauvais acteur ; et Stan Laurel, pour sa grâce absolue. ». ... |
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